Ma promesse à la vie

"Si on devait mourir demain

Qu'est-ce qu'on ferait de plus ?

Qu'est-ce qu'on ferait de moins ?"

(Natasha St Pier & Pascal Obispo)


Récemment, ces paroles ont résonné pour moi. Comme un chemin pour raisonner cette période qui nous plonge profondément dans un sujet plus tôt évité : la mort. Quel drôle d'animal que l'humain, qui vit en se croyant plus fort que la Nature ; et même sa propre nature... de mortel !


Cette année, par peur de la mort, on ne vit plus. Pour (se) protéger aussi, bien entendu. Et par conscience qu'effectivement, notre société, notre planète, n'est pas équipée pour cette crise. La notion de risque, individuel et collectif, se rapproche. Alors que parfois on pouvait se leurrer, notre conscience se la prend en pleine face.


Le risque de mourir nous colle à la peau, tel un scotch double face : une face pour soi, une face pour les autres.


Soi d'abord. Chacun, debout, face à ce virus, muni de son propre état : physique, émotionnel, psychologique. C'est l'heure du bilan : quand je vais croiser ce couronné, comment suis-je armé ?


On naît tous avec des cartes de vie différentes, et cette traversée 2020 nous demande :

avec tes cartes, tu as choisis de faire quoi, ou il t'est arrivé quoi, dans ta vie ?


-Tu les as mélangées, écornées, déchirées ?

-Tu as tout jeté par la fenêtre ?

-Tu as laissé les autres te dire comment les utiliser ?

-Quelqu'un a renversé des trucs poisseux dessus ou te les a volées ?

-Tu en es au début ou à la fin de tes cartes à jouer et de la partie ?

-Tu as agi pour en accumuler de nouvelles en cours de route, et renforcer ton jeu ?


Et tout cela amène à la question principale :

Et maintenant, que vas-tu faire du jeu de carte dans tes mains ?


-Râler contre celui qui a distribué ?

-Ou même contre la vie qui t'a poussée à t'asseoir à cette table de jeu, plutôt qu'une autre ?


En vain. En 20.20.


Un chemin nous appelle en ce moment, et c'est ce que les Taoïstes préconisent : commencer par cheminer soi-même intérieurement. Intégrer les éléments actuels, et reconsidérer ce qu'on ne veut plus faire désormais. Découvrir ce qu'on veut vraiment faire et qu'on a pas fait, se demander pourquoi, puis se mettre en route pour agir et devenir la version idéale de soi-même. Contribuer à ce monde comme on voudrait le voir changer.


En gros, c'est un (r)appel à agir et à "prendre soin de soi". Je pense d'ailleurs qu'on a passé l'année à le dire à tout le monde "prenez soin de vous", y compris à son banquier, au bout du rouleau confiné avec ses 3 enfants ! Finalement, moi qui prononce ces mots tous les jours depuis des années, je me sens avant-gardiste !! ;)

Mais au bout du compte, ils veulent dire quoi ces mots ? Prends soin de vivre ta vie, de TOI, Ton Oeuvre Intérieure, ce qui vaut la peine pour toi, profondément.


Je sais que tout cela fait peur, mais pour moi, la mort, sous le feu des projecteurs cette année, a ceci de magique, qu'elle met en lumière... la vie. Et le temps qu'il nous reste pour la vivre, la défendre, la savourer, la partager...


Peut-être que c'est d'avoir été malade, d'avoir dit beaucoup d'adieux et d'avoir dépassé l'âge de 33 ans, qu'une chère amie n'a jamais eu le temps d'achever, qui fait que j’œuvre, comme je peux, avec foi, à faire sens du res-temps. Je l'ai promis, devant sa tombe, un jour feutré de neige, résonnant de chants sacrés, illuminé de robes oranges et rouges flamboyantes, défiant le blanc et le néant...


Et vous quelle promesse pouvez-vous faire à la vie, face à la mort ?



Revenons à l'autre face du scotch "de la mort qui tue", toute aussi collante : celle des autres.


D'un côté, tout l'inconcevable de s'imaginer que quelqu'un qui est là, ne le sera plus. La peur du vide, la peur de l'absence, la peur du manque...


Et de l'autre, le cortège de nos "unfinished business", comme on dit en anglais : les dossiers laissés en suspens, les comptes à régler, les conflits larvés ou claironnés, les non-dits et non-avoués... les choses qui nous réveillent la nuit. Ou, comme l'écrit si joliment Jean-Jacques Goldman, "Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard"...


Avons-nous assez dit "Merci", "Pardon", "Je t'aime", "J'ai des choses à te dire...", "Je vais te dire la vérité", "Je suis toujours là pour toi", "Je laisse tomber ce vieux truc entre nous, je ne partirai pas avec" ?


J'intègre doucement, depuis des années, que je peux, tout comme ceux qui m'entourent, "mourir demain" et depuis, je me pose régulièrement deux questions que je vous glisse :


Si je devais, ou s'ils devaient, mourir demain :

-suis-je en paix avec moi ?

-suis-je en paix avec eux ?


Etes-vous en paix ? Et si non, dès demain, qu'allez-vous faire ?