Deux phrases en héritage


Mai 2012 --> Mai 2013 : L'année 2 de ma Création d'entreprise //Deuxième texte d'une série de 10 textes pour retracer mes 10 années d'entrepreneuriat//


Un an que l'entreprise *Chinechanges* est créée et toute ma vie s'est reconfigurée à la vitesse d'une étoile filante.


Je vis désormais seule, divorcée, dans un nouvel appartement et j'enseigne le chinois pour les Particuliers, en Entreprise et à l'Education Nationale.


Depuis un an, j'ai également un projet lié au bien-être, aux cosmétiques et aux compléments alimentaires, et je m'aperçois que j'aime parler de ces sujets : le soin de soi et la santé.


Je pratique toujours quotidiennement, au moins 1h, les exercices du Corps, du Souffle et de l'Esprit de la Tradition Da Xuan et j'étudie la Médecine Traditionnelle Chinoise.


Et là, arrivent deux accidents de la vie autour de moi... de ceux qui font réaliser que tout peut basculer. Deux amis, deux falaises... deux étoiles filantes dans le ciel de ma vie, dont il me reste aujourd'hui la lumineuse poussière d'étoiles.


Sur les flans de la première falaise, un de mes élèves adultes de cours particuliers en chinois, devenu ami au fil du temps, présent dans les moments difficiles.


Quand il avait appris ce que je traversais comme épreuves -parce que je devais lui expliquer pourquoi d'un coup la moitié des meubles de mon salon avait disparu !- il m'avait regardé avec un sourire en coin et dit : "Ben dis donc, tu n'es pas si petite que ça, "XiaoMa" ("Petite Ma" : mon surnom en chinois) et à te voir, on ne dirait pas du tout que tu es en train de vivre tout ça."


"Tu n'es pas si petite que ça." La résonance de ces mots dans ma vie... Ils m'ont aidée quand une année plus tard, une de mes supérieures dans l'Education Nationale, à l'émission d'un désaccord, me répond cinglante : "Mais ma petite Marion, vous n'avez pas le choix."


J'en ris aujourd'hui car je sais du fond de mon cœur, qu'en plus d'être infantilisants, ces mots sont à peu près les pires à dire à une âme d'entrepreneure !! Et qu'ils ont été la racine de mon départ en plein vol de cette Institution, mais ça j'en parlerai dans mon prochain texte.


"Je ne suis pas si petite" donc, c'est ce que j'ai gardé en héritage de cet homme haut en couleur qui est passé dans ma vie comme un arc-en-ciel plutôt vif, un impromptu fait de soleil et de nuages, dont l'enthousiasme et la vivacité d'esprit dans l'apprentissage du chinois m'ont touchée. Je le revois franchir ma porte vers ses vacances, jovial, en me disant, "Je t'apporte le témoignage sur tes cours en rentrant !" Je n'ai jamais eu ce témoignage... mais j'ai gardé sa phrase, un héritage, pas si petit.


Et j'encaisse ce deuxième deuil quelques mois après ma grand-mère, qui me dit que la vie est courte. Je me dis que heureusement : même divorcée, perdue, j'ai mes amis autour de moi, ma sécurité. D'ailleurs, quand j'écris un texte à sa famille pour lui rendre hommage, une chère amie me dit "C'est bien que tu aies écrit cela, pour toi et pour sa famille".


Elle et moi étions bien loin de nous douter que, quelques mois plus tard, c'est pour elle que je devrais écrire quelque mots, à lire devant un cercueil et une assemblée de gens transis, dans la neige scintillante de décembre, parsemée des couleurs vives des robes bouddhistes, entourées d'un air empli d'encens et de chants.


Elle est partie en me laissant une deuxième phrase en héritage, qu'elle a prononcé quand je me questionnais sur la voie professionnelle à emprunter, perdue entre le Chinois en entreprise, l'Education Nationale et l'univers du soin et de la santé : "Fais ce qui te plait vraiment".


Un mantra qui ne m'a pas quitté. Mais dont la difficulté intrinsèque m'était alors insoupçonnée.


Car j'allais devoir trouver "ce que me plait vraiment".

Et découvrir que ce n'est pas parce qu'on trouve, qu'on s'autorise à le faire !

Faire ce qui rend heureuse, mais est-ce que c'est vraiment du travail ?

Est-ce que ce n'est pas mal si j'ai l'impression que ce que je fais est naturel pour moi ?


Bref, c'est tout ce brouillard intérieur que j'allais devoir traverser pendant les années suivantes. Je l'ignorais quand, pile un mois avant mes 30 ans aux allures de fin du monde un 21.12.12, avec la mort de cette amie, mon ancien monde à moi s'est bel et bien effondré.


La bonne nouvelle que je vois maintenant, c'est que, dans cet effondrement, tout était à (re)construire. La vie crée le vide. Puisqu'on ne peut remplir le plein.


En Taoïsme, on dit, qu'il faut enlever et non ajouter.


J'ai emporté de cette seconde année d'entrepreneuriat deux pierres précieuses dans ma besace d'entrepreneure et d'amie :

-l'idée que je suis pas si petite que ça !

-l'idée d'aller vers ce qui me plait vraiment :)


Ce qui, dit autrement, rejoint deux idées Taoïstes fondamentales :

-Prendre toute sa place dans le monde, occuper l'espace, notre ampleur

-S'accomplir dans nos grandes qualités, réaliser notre Mandat


La troisième pierre précieuse a été l'évidence trucidante de l'éphémérité réaffirmée de la vie, un message d'urgence, un commandement, presque, à comprendre que le temps qu'il nous reste est parfois (beaucoup) plus court que prévu.