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Tant que Simone Veille...



-Texte écrit en juillet 2017, juste après la mort de Simone Veil-


Il y a quelques mois, j’ai choisi ce livre, ou peut-être l’inverse (?), dans la « cabane à livres » à Chartres : « Une vie » de Simone Veil.

Je voulais comprendre cette femme tant admirée, levant le poing avec la peau tatouée devant une assemblée. Comprendre ce chemin, ses douleurs, sa force et le courage d’œuvrer pour plus grand que soi. J’ai commencé ce livre et je me suis arrêtée, tétanisée devant l’innommable en marche, le chapitre s’appelle « Auschwitz » et à ce jour, la page, je ne l’ai pas encore tournée…


Chère Madame Veil, maintenant que vous êtes une étoile parmi les étoiles, je m’en vais la lire, cette page d’inhumanité, où peut-être vous avez puisé la vôtre, d’humanité, je le découvrirai par vos mots. En attendant, ce qui est certain, c’est que ce pas de géante pour les femmes, ce chemin vers le choix, et le droit au choix, vous l’avez ouvert ici bas.


Et depuis longtemps, je vous garde près de moi avec une autre Simone, dont j’ai lu beaucoup d’écrits, toute jeune, j’avais même emmené certains livres avec moi dans mon voyage en Chine, à 17 ans, clin d’oeil de la vie quand on y pense, puisqu’un de ses livres s’appelle justement « Les mandarins » !

Depuis nombres d’années donc, dans mon cœur je vous garde une place privilégiée. Ou plutôt me gardez-vous toutes deux, belles gardiennes que vous êtes, majestueuses dans l’empreinte laissée à ce 20e siècle tumultueux.


Et face à cette liberté si chèrement gagnée et qui, je le sais, demande encore l’urgence d’évoluer, je me demande pourquoi j’entends encore récemment, dans une soirée de trentenaires cette question « Et toi, c’est pour quand ? ». Je m’explique, j’ai 34 ans et je n’ai pas d’enfant. Alors je vous passe les commentaires sur l’horloge biologique, ce qui me frappe le plus dans cette question c’est le « quand ? ». Ce "quand" qui implique une évidence, un non-choix : tu ne peux pas ne pas vouloir d’enfant. C’est une fatalité, ça va arriver, de façon certaine, c’est programmé, cela doit devenir ton urgence et de toutes façons, tout le monde fait ça.


Ben justement non, tout le monde ne fait pas forcément ça. Justement, si des femme se sont battues pour l’avortement, la contraception, le mariage avec quelqu’un qu’on aime, la liberté d’être avec quelqu’un sans se marier, la liberté de se séparer, pour moi c’est aussi parce que la liberté comprend la liberté de ne pas faire comme tout le monde, si c’est autre chose qui nous appelle.


Or en 2017, je trouve encore que ce que j’appelle malicieusement les 3M : « Mariage-Maternité-Maison » sont encore une pression sociétale importante en France. Des fois, les gens me regardent avec étonnement : à plus de 30 ans, sans enfant, heureuse, dans un studio, indépendante. « Elle est bizarre, elle. Épanouie sans les 3M, alors qu’on m’avait promis que c’était le bonheur assuré. » Alors, je vous le donne même en mille, c’est le scoop de la journée : j’ai carrément déjà eu 1 des 3M, celui de Mariage, qui s’est transformé en D ! Quelle bizarrerie ce bonheur, d’ailleurs d’où vient-il ? On nous aurait menti ?!? Je vous taquine, je précise que je respecte ces choix et ceux qui les font. Tant qu’ils en sont, des choix, tout va bien dans les cœurs.


En tous les cas, qui sait ? J’aurai des enfants, ou pas, ce sera le mien, de choix. Et aussi mon droit. Et grâce au combat mené par des femmes avant moi, je suis libre de cela. Libre de me poser la question, libre de ne pas accoucher 14 fois pour avoir 9 enfants vivants dans ma vie (c’est un exemple réel de mon entourage). Non, une vie de femme ne se résume pas uniquement à une vie de mère. Et comme je respecte, admire et soutient, bien sûr, l’autre choix, celui de le devenir, tout ce que je demande est la réciprocité.


En attendant, je voulais écrire ces mots depuis des années pour dire que je chéris profondément ces femmes qui ont bercé la construction de celle que je deviens, et vous en faites partie, Madame Veil. Il faut croire que le prénom Simone a une résonance spéciale. L’une « voit beau » et l’autre « veille »,  des phares dans l’obscurité qui m’é-mère-veillent depuis longtemps…


Et je remercie profondément ma mère, qui m’a glissé certains livres dans les mains et qui m’a donné la vie. Elle m’a choisit, ou peut-être l’inverse. En tous cas, grâce à son choix, je suis là. On a qu’une vie, on la choisit. Chère Madame Veil, ce soir, de tout mon cœur de femme libre, je vous dis merci d’en avoir défendu haut la main, un des outils.


Marion


- Mes textes font partie du projet : "Mes Papillons de Transformation" : ils ont un corps de mots, une aile de musique et de son, une aile de caractère chinois et de sens. Transformons nous intérieurement pour s'envoler et alléger nos vie vers plus de sens : direction et signification. -



Aile de son :

🎧 « Sama Yoon » René-Marc BINI & Pape DIEYE



Aile de sens :

🀄️Voici le caractère qui signifie Femme(s) :








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