Rechercher

Expatriation : la double blessure... éternelle ?

11 juillet 2001, il y a 19 ans. Je pose les pieds sur le sol français, après avoir vécu un an sur le sol chinois. Je suis partie à 17 ans, revenue à 18. Mon père et ma sœur m'attendent à l'aéroport. Je suis au milieu d'une multitude de gens de toutes les couleurs à Charles-de-Gaulle, après un an immergée dans la Chine du Shandong. Il m'aperçoivent et je leur dis, étonnée : "Les gens parlent français."

Ils rient. Je suis hébétée. Un an quasiment sans ma langue, uniquement parlée avec la femme chinoise qui m'hébergeait. Mon cerveau était en français mais tout le reste de ma vie était en chinois ou en anglais : ma vie quotidienne, mes amitiés, mes cours...


Ce jour de juillet, j'entrai dans la deuxième partie de ma vie. Pour toujours se dessinait un avant et un après la Chine. Pour toujours, elle allait me manquer où que j'aille, m'envoyer des odeurs mêlées étrangement de gingembre, de poivre du Sichuan, de charbon, de thé au jasmin, de riz fumant. Et à des moments imprévus, j'allais m'habituer à des flashs de couleurs, de sons, de sensations... de mon "ici" temporaire, redevenu un "là-bas".


J'avais passé un an loin de mon pays, seule. La France me manquait parfois mais je savais que j'allais rentrer. Et je savais d'où je venais. Le rapport à mon pays est défini. C'est ma naissance, ma langue, mon identité. Mon rapport à la Chine avec le temps, n'a cessé d'évoluer. Et quand j'y ai vécu de nouveau pendant deux ans, quelques années plus tard, les jours de cafards de la France et des miens... j'ai vu apparaître, comme une évidence, l'inextricable dilemme que crée l'amour d'un autre pays que le sien : où que je sois, je serai toujours sans. Sans la Chine en France, sans la France en Chine. Un double amour. Une tragédie franco-chinoise plutôt que grecque mais néanmoins douloureuse.


Aujourd'hui, je l'écris car je n'en souffre plus. J'ai compris que la Chine et mon amour pour cette terre, sa langue, sa culture, les amis rencontrés, m'accompagnent. Ils sont une présence au quotidien, des mots qui résonnent, des sourires et des clins d'oeil, une philosophie de vie. Ils me veillent comme cette lanterne, comme un repère au fond de la nuit. Ces dernières années, j'ai pleuré tout ce que je pouvais en visionnant les "Rendez-vous en terre inconnue", en réalisant ce que l'on ne s'avoue jamais : que moi aussi, en quittant la Chine à deux reprises, à certains de mes amis, j'avais cru dire au revoir et en fait, j'avais dit adieu.


A tous ces souvenirs, ces amis, ces leçons de vie, aujourd'hui, je dis merci. Je me sens guérie de cette double plaie, refermée aujourd'hui. J'ai choisi et trouvé, avec mon métier de transmission des enseignements de la Tradition Taoïste Daxuan, la place de la Chine dans ma vie. Choisir c'est grandir. J'ai mis 19 ans.




50 vues

Suivez moi